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Articles avec le tag ‘scorbut’

La santé des pirates

Relisant il y a peu quelques pages sur la vie de Barbe Noire, pirate sur lequel je reviendrai bientôt, un détail a attiré mon attention. Lors du siège de Charleston, il exigea en rançon un coffre de médicaments. On imagine l’état sanitaire de son équipage pour qu’il en vienne à exiger cela  plutôt qu’un peu plus d’or. 

Nous savons que les pirates avaient souvent à leur bord des médecins, des chirurgiens, des apothicaires comme Alexandre Oexmelin. 

C’était des hommes précieux quand on sait le genre de vie que menaient les pirates.  

Le médecin, chirurgien pour l’occasion, devait faire amputer les bras et jambes arrachés, retirer des esquilles de bois figés dans la chair, extraire les balles de plomb, soigner les muscles tranchés. 

Le tout se faisait sans anesthésie, si ce n’est quelques rasades d’alcool, et s’opérait souvent dans un entrepont sombre rendu glissant par le sang mais à l’abri des combats. 

Mais ce n’était pas les seuls risques de santé que devaient affronter les pirates. On passera sur l’état de leur dentition qui ne devait pas être meilleure que celle de leurs contemporains, aux intoxications alimentaires liées aux aliments, aux cirrhoses qui devaient aller de paire avec leur consommation excessives d’alcool et on s’intéressera aux maladies qui guettaient ces marins. 

Il y a avait bien entendu les la fièvre de Siam (la fièvre jaune), la malaria (paludisme) et autres fièvres que l’on traitait par des extraits de plantes ou d’animaux comme le quinquina ou le soldati (un reptile dont on tirait une huile). 

Mais c’est à la petite vérole et au scorbut, maladies courantes et mortelles que je m’intéresserais plus particulièrement. 

La petite vérole, autant dire la syphilis, faisaient des ravages parmi les équipages de ces navires, qu’ils soient pirates ou pas.  

Cette maladie est restée longtemps mystérieuse. La première référence connue de cette maladie est celle qu’en a faite dans ses récits Martin Alonzo Pinzon, un des compagnons de Christophe Colomb. Il semblerait que cette maladie est était ramenée en Europe par les marins de Colomb, maladie contractée au contact des femmes taïnos sur l’île d’Hispaniola.

Il est d’ailleurs ironique de constater que si les marins ramenaient avec eux la syphilis en Europe qui en moins de deux décennies se propageait jusqu’en Extrême-Orient , ils avaient fait cadeau aux indiens de la rougeole qui devait, plus que l’esclavage, plus que les coups de pique ou d’arquebuse, conduire à leur disparition presque totale.

La petite vérole se manifestait chez les marins par l’apparition de chancre sur les parties génitales dans un premier temps, suivit par une éruption sur tout le corps et au final par une paralysie mortelle du cerveau, du cœur ou de l’aorte. Chez les femmes, parfois de mauvaise vie, que les forbans fréquentaient l’infection était plus discrète en absence de chancre visible, mais tout aussi mortelle à terme.

Si l’on utilisait parfois des traitements à base de décoction de bois de gaillac, un puissant diurétique et sudorifique, le seul remède qui apportait un peu de réconfort était l’application sur les chancres d’onguent à base de mercure.

Pourquoi le mercure ? L’on traitait depuis longtemps des maladies présentant des similitudes comme l’éléphantiasis, la galle, la lèpre et même des cancers par le vif argent. On retrouve d’ailleurs aujourd’hui dans certaines épaves des bouteilles contenant encore du mercure.

Une des recettes possible d’onguent se composait d’une livre de graisse de porc, de 4 onces de mercure, 3 onces d’onguent d’Aragon ou de celui d’Agrippa, 2 onces d’huile de camomille, d’aneth et de vulpin, à défaut de laurier ou de térébenthine.

Certains traitements s’accompagnaient de pilules mercurielles et de fumigations de mercure.

Autant dire que dans bien des cas le traitement était bien plus dangereux que la maladie et conduisait tout autant à des troubles nerveux, au coma et à une mort certaine.

L’autre mal qui frappait les marins de l’époque était le scorbut. On ne sait si les pirates, qui lorsqu’ils maraudaient à proximité des côtes organisaient régulièrement des expéditions à terre pour se ravitailler, étaient aussi atteint par cette maladie que les équipages qui passaient des mois en mer.

On sait aujourd’hui que cette maladie est en fait le symptôme aigu d’une carence en vitamines C. Si l’on pensait à une maladie, c’est que cela touchait tout un équipage et ce de manière progressive donnant parfois l’apparence d’une épidémie.

Cela commençait par une fatigue chronique, par des œdèmes aux membres, suivis de saignements des muqueuses, notamment du nez et des gencives, conduisant à la chute des dents, à une faiblesse extrême et par des complications de pathologie bénines conduisant à la mort.

C’était un mal courant, qui parfois conduisait à la perte d’un navire et de son équipage resté trop longtemps en mer.

Même si dés 1604 François Martin de Vitré dans son « Description du premier voyage faict aux Indes Orientales par les François en l’an 1603 » notait qu’

il n’y a rien meilleur pour se préserver de ceste maladie que de prendre souvent du jus de Citron ou d’Orange, ou manger souvent du fruict …

il faudra attendre les expériences de James Lind en 1747 pour la royal navy pour que cette dernière généralise en 1795 une ration quotidienne de jus de citron aux marins et que cette « maladie » disparaisse du monde de la mer.