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Archive pour juillet 2011

Un roman de jeunesse : La Coupe d’Or de Steinbeck

La Coupe d’Or
De John Steinbeck

Editions Folio 2001
ISBN 2-07-038457 8

La coupe d’or est un roman d’aventures maritimes qui s’inspire de la vie d’Henry Morgan.

C’est une œuvre de jeunesse de Steinbeck, écrite alors qu’il n’était encore qu’un garçon de ferme en Californie. Publié ne 1929, c’est cet ouvrage qui lancera sa carrière, lui laissant entendre qu’il avait de l’avenir dans ce métier, même si le succès ne fut pas au rendez-vous. 

S’écartant de beaucoup de la réalité historique, s’inspirant des récits que fit Oexmelin de la vie de Morgan, c’est un roman divertissant avec une pincée de fantastique, dans lequel on retrouve quelques faits noyés dans beaucoup d’inventions pures et simple. 

C’est surtout une œuvre de jeunesse au style parfois ampoulé :

L’âme quitte l’homme dès le début, là-bas aux Antilles, en lui laissant une sensation de vide et de dessèchement. Non, ce n’est pas mon âme, c’est le poison qui est en moi, dans mon sang et dans mon cerveau. Robert, il me racornit comme une vieille orange. Les créatures rampantes qu’il y a là-bas, et ces petites bêtes ailées qui viennent au bivouac pendant la nuit, et les grandes fleurs pâles … elles sont toutes chargées de poison. Elles infligent à l’homme de terribles tourments. En ce moment même, mon sang est fait d’aiguilles glacées qui coulent dans mes veines, malgré ce beau feu devant moi. Tout cela, oui, tout cela vient de l’haleine humide de la jungle. On ne peut pas s’y étendre, on ne peut pas y vivre : mais elle vous souffle son haleine au visage et vous flétrit à jamais …

Mais on y trouve les germes de ce qui deviendra le style de Steinbeck et qui fera le succès des « souris et des hommes », de « tortilla flat » et lui vaudra un prix Nobel de littérature en 1962.

Ma note : 6/10

La santé des pirates

Relisant il y a peu quelques pages sur la vie de Barbe Noire, pirate sur lequel je reviendrai bientôt, un détail a attiré mon attention. Lors du siège de Charleston, il exigea en rançon un coffre de médicaments. On imagine l’état sanitaire de son équipage pour qu’il en vienne à exiger cela  plutôt qu’un peu plus d’or. 

Nous savons que les pirates avaient souvent à leur bord des médecins, des chirurgiens, des apothicaires comme Alexandre Oexmelin. 

C’était des hommes précieux quand on sait le genre de vie que menaient les pirates.  

Le médecin, chirurgien pour l’occasion, devait faire amputer les bras et jambes arrachés, retirer des esquilles de bois figés dans la chair, extraire les balles de plomb, soigner les muscles tranchés. 

Le tout se faisait sans anesthésie, si ce n’est quelques rasades d’alcool, et s’opérait souvent dans un entrepont sombre rendu glissant par le sang mais à l’abri des combats. 

Mais ce n’était pas les seuls risques de santé que devaient affronter les pirates. On passera sur l’état de leur dentition qui ne devait pas être meilleure que celle de leurs contemporains, aux intoxications alimentaires liées aux aliments, aux cirrhoses qui devaient aller de paire avec leur consommation excessives d’alcool et on s’intéressera aux maladies qui guettaient ces marins. 

Il y a avait bien entendu les la fièvre de Siam (la fièvre jaune), la malaria (paludisme) et autres fièvres que l’on traitait par des extraits de plantes ou d’animaux comme le quinquina ou le soldati (un reptile dont on tirait une huile). 

Mais c’est à la petite vérole et au scorbut, maladies courantes et mortelles que je m’intéresserais plus particulièrement. 

La petite vérole, autant dire la syphilis, faisaient des ravages parmi les équipages de ces navires, qu’ils soient pirates ou pas.  

Cette maladie est restée longtemps mystérieuse. La première référence connue de cette maladie est celle qu’en a faite dans ses récits Martin Alonzo Pinzon, un des compagnons de Christophe Colomb. Il semblerait que cette maladie est était ramenée en Europe par les marins de Colomb, maladie contractée au contact des femmes taïnos sur l’île d’Hispaniola.

Il est d’ailleurs ironique de constater que si les marins ramenaient avec eux la syphilis en Europe qui en moins de deux décennies se propageait jusqu’en Extrême-Orient , ils avaient fait cadeau aux indiens de la rougeole qui devait, plus que l’esclavage, plus que les coups de pique ou d’arquebuse, conduire à leur disparition presque totale.

La petite vérole se manifestait chez les marins par l’apparition de chancre sur les parties génitales dans un premier temps, suivit par une éruption sur tout le corps et au final par une paralysie mortelle du cerveau, du cœur ou de l’aorte. Chez les femmes, parfois de mauvaise vie, que les forbans fréquentaient l’infection était plus discrète en absence de chancre visible, mais tout aussi mortelle à terme.

Si l’on utilisait parfois des traitements à base de décoction de bois de gaillac, un puissant diurétique et sudorifique, le seul remède qui apportait un peu de réconfort était l’application sur les chancres d’onguent à base de mercure.

Pourquoi le mercure ? L’on traitait depuis longtemps des maladies présentant des similitudes comme l’éléphantiasis, la galle, la lèpre et même des cancers par le vif argent. On retrouve d’ailleurs aujourd’hui dans certaines épaves des bouteilles contenant encore du mercure.

Une des recettes possible d’onguent se composait d’une livre de graisse de porc, de 4 onces de mercure, 3 onces d’onguent d’Aragon ou de celui d’Agrippa, 2 onces d’huile de camomille, d’aneth et de vulpin, à défaut de laurier ou de térébenthine.

Certains traitements s’accompagnaient de pilules mercurielles et de fumigations de mercure.

Autant dire que dans bien des cas le traitement était bien plus dangereux que la maladie et conduisait tout autant à des troubles nerveux, au coma et à une mort certaine.

L’autre mal qui frappait les marins de l’époque était le scorbut. On ne sait si les pirates, qui lorsqu’ils maraudaient à proximité des côtes organisaient régulièrement des expéditions à terre pour se ravitailler, étaient aussi atteint par cette maladie que les équipages qui passaient des mois en mer.

On sait aujourd’hui que cette maladie est en fait le symptôme aigu d’une carence en vitamines C. Si l’on pensait à une maladie, c’est que cela touchait tout un équipage et ce de manière progressive donnant parfois l’apparence d’une épidémie.

Cela commençait par une fatigue chronique, par des œdèmes aux membres, suivis de saignements des muqueuses, notamment du nez et des gencives, conduisant à la chute des dents, à une faiblesse extrême et par des complications de pathologie bénines conduisant à la mort.

C’était un mal courant, qui parfois conduisait à la perte d’un navire et de son équipage resté trop longtemps en mer.

Même si dés 1604 François Martin de Vitré dans son « Description du premier voyage faict aux Indes Orientales par les François en l’an 1603 » notait qu’

il n’y a rien meilleur pour se préserver de ceste maladie que de prendre souvent du jus de Citron ou d’Orange, ou manger souvent du fruict …

il faudra attendre les expériences de James Lind en 1747 pour la royal navy pour que cette dernière généralise en 1795 une ration quotidienne de jus de citron aux marins et que cette « maladie » disparaisse du monde de la mer.

Eyl : une nouvelle Tortuga ?

Certains de nos contemporains n’ont pas hésité à faire de la ville cotière d’Eyl  dans le Puntland en Somalie l’ïle de la tortue de la piraterie contemporaine.

Qu’en est-il ?

Eyl c’est une petite ville, située à environ 800 Km au Nord Est de Mogadiscio et à 280 km de route grossière du chef lieu de la province, Garowe.

Située dans une région connue pendant l’antiquité pour ses plumes d’autruche et son encens, la ville est aujourd’hui séparée en deux quartiers distincts : la haute ville, connue sous le nom de Daawad et la zone cotière connue sous le nom de Badley.

Pendant longtemps Eyl resta un village côtier comme beaucoup d’autres, survivant grâce à pêche.

L’arrivée des pirates modifia tout cela, séparant la population en deux camps.

Certains des habitants sont hostiles aux pirates, regrettant l’intérêt que le monde porte à leur village, regrettant les manières de ceux qui n’ont rien de gentils robins des bois, allant même comme cela est arrivé le 20 novembre 2009, à prendre la défense d’un équipage indien et bengali capturé.

D’autres, sans doute touché par une partie de la manne financière qui se déversent à coup de liasses de 100$,  apprécient les nouveaux venus, excusant leur activité par le pillage en règle que connaitrait les zones de pèches de leur pays par l’occident et l’orient.

A vrai dire c’est une industrie qui s’organisme autour du business des otages. Une industrie locale tout d’abord, car il faut bien nourrir, apporter le minimum vital à des prisonniers qui valent leur pesant d’or.

J’ai dit « or » ? C’est l’argent coule à flot dans la région, sous forme de billets verts, les seuls qui aient la grâce aux yeux des pirates. De manière plus générale on n’a jamais vu autant de maisons tape à l’œil, de 4×4 de luxe, de restaurant, de téléphones satellitaires  derniers cris dans la province que depuis l’arrivée des pirates.

Comme le raconte Colin Freeman cet argent est celui de la souffrance, souffrance endurée par des centaines de marins retenus dans des grottes insalubres ou à bord de leur navire par des gardiens drogués ou ivres qui, de plus en plus souvent, se livrent à des tortures ou à des simulacres d’exécution.

Quant aux autorités du Puntland, leurs moyens sont limités, voir inexistants : l’argent des rançons qu’obtiennent les pirates est de loin supérieur à leur budget, quand celui-ci leur parvient.

les pirates sont quant à eux de mieux en mieux équipés, dotés d’armement moderne, de moyens de communication, de géo localisation efficaces, allant même jusqu’à suivre sur internet blog et posts pouvant indiquer les mouvements des navires de commerce, de croisière ou celles de bâtiments de guerre qui pourraient contrarier leurs opérations.

Alors Eyl est-elle une Tortuga moderne ? Non, sans doute pas. Le monde du XVIIème siècle n’était pas le notre. Si le commerce des otages était parfois pratiqué par les flibustiers de Tortuga, c’était toujours de manière anecdotique, jamais envers les marins dont la peau ne valait pas grand-chose et qui les rejoignaient souvent volontairement.

La piraterie qui s’exerce sur les côtes somalienne n’est aujourd’hui qu’une vaste entreprise criminelle de traite d’êtres humains, sordide et malsaine, sans la moindre lueur d’utopie au fond du puits noir de guerre et de violence dans lequel s’enfonce ce pauvre pays depuis vingt ans.

Pas de liberté pour le pirate présumé du Carré d’As

La justice a rejeté aujourd’hui la demande de remise en liberté d’un des douze « pirates* » somaliens actuellement détenus en France.

Ce « pirate* » avait été un des six arrêté en 2008 suite au détournement du Navire le « carré d’As IV ».

Le 2 septembre 2008 le voilier Carré d’as, convoyé d’Australie en France par Jean-Yves Delanne et son épouse Bernadette Delanne, avait été attaqué au large des côtes somaliennes dans le golf d’Aden.

Les ressortissants français capturés il s’en était suivi une demande de rançon, alors que le voilier faisait route vers Eyl à 800 km au Nord-Est de Mogadiscio dans la province du Puntland.

On évoqua à l’époque la somme d’1,4 millions d’Euros et l’exigence de la libération des pirates arrêtés lors de l’affaire du Ponant.

Dans la nuit du 15 au 16 septembre 2008 30 membres des commandos de la marine française, dont des membres du commando Hubert, parvenaient à libérer les otages, à capturer six des présumés pirates, un de ces derniers ayant été tué pendant l’assaut. En dix minutes l’opération était terminée sans qu’aucun des otages ou soldats n’ait été blessé.

L’opération s’était déroulée grace à la coopération de l’aviation allemande (un Orion P3-C de patrouille maritime appartenant à l’escadre Marinefliegergeschwader 3 Graf Zeppelin) et d’un navire-hopital malaisien (nécessaire avant toute opération pour soigner des blessés éventuels).

Les « pirates* » captifs avaient été tout d’abord été détenus à bord de la frégate Courbet faisant route vers Djibouti sous le régime de la rétention administrative, avant d’arriver en France le 23 Septembre par Hercules C-130.

Le parquet de Paris s’était déclaré compétent au titre de sa compétence interrégionale spécialisée pour lutter contre le crime organisé. L’enquête confiée à la gendarmerie  visait les faits de détournement de navire, d’arrestation et de séquestration de plusieurs personnes comme otages sans libération avant le septième jour afin d’obtenir une rançon, le tout commis en bande organisée.

Le procès se tiendra devant la cours d’assises de Paris du 15 Novembre au 2 décembre 2011. Les faits, sont passibles de la réclusion criminelle à perpétuité.

* Pirate présumé, tant qu’une décision de justice n’est pas rendue

Labuse

Olivier Le Vasseur, dit Labuse, La Bouche, La Bouse serait né à Calais à la fin du XVIIè siècle.

En 1721, Labuse, associé au pirate anglais Taylor, s’empare au mois d’avril, le jour de Quasimodo, du riche vaisseau portugais de 72 canons La Vierge du Cap. Ce navire, désemparé par la tempête, à l’équipage atteint de scorbut, avait cherché refuge dans la baie de Saint-Paul.
Ce vaisseau transportait le comte Ericeira, vice-roi des Indes et l’archevêque de Goa, qui s’en rentraient avec leurs trésors vers le Portugal.

Dans des circonstances rocambolesques Labuse et Taylor s’emparèrent du vice-roi qui était à terre. Ils n’exigèrent cependant qu’une rançon de principe de 2000 livres, qui fût payé par le gouverneur de bourbon, mais firent main basse sur tous ces biens : Diamants, pierres précieuses, perles, barres d’or et d’argent, meubles, tissus … le tout évalué par certains aujourd’hui à 4,5 milliards d’euros.

L’on raconte qu’à l’occasion du partage du butin un pirate se trouva fort contrarié de recevoir un seul énorme diamant alors que ces camarades en avaient reçu une quarantaine chacun. Il le pris, le mis dans un mortier et le brisa ! Il s’estima ensuite bien mieux loti que les autres puisqu’il en avait ainsi deux de plus.

La Vierge du Cap, remorquée, puis radoubée et remise à neuf, devint le vaisseau de Labuse et prit le nom de La Victoire. Il brûla son ancien navire.

Il poursuivit quelques temps ses méfaits, mais fini par échouer (s’échouer ?) à Madagascar.

Il ne bénéficia pas à l’époque des offres d’amnisties qui lui avaient étaient faites.

En 1729 dans la baie d’Antongil (Madagascar), il fut capturé par traîtrise par Le Capitaine d’Hermitte du vaisseau La Méduse, un négrier de la Compagnie des Indes.

Ramené couvert de chaînes à la Réunion il y fût juger de manière assez expéditive et fût traîné au milieu de la foule Le 7 juillet 1730 à la tombée de la nuit vers le gibet de Saint-Paul. Les minutes de son procès ont mystérieusement disparues.
Quand il monta sur l’échafaud il se retourna vers la foule en jetant un parchemin couvert d’un cryptogramme en s’écriant : « Mes trésors à qui saura comprendre ! ». Ce seront ses dernières paroles.

Ce trésor reste aujourd’hui encore une grande source de fantasmes pour bien des chercheurs de trésors. Certain prétendent qu’il serait dans une ravine de la Réunion, d’autres à Madagascar, d’autres enfin dans l’archipel des Comores … Toujours est-il que personne à ce jour ne s’est vanté de l’avoir retrouvé.
Aujourd’hui dans le cimetière de Saint-Paul il y a une tombe portant le nom de Labuse. Hélas ce cimetière n’existait pas à l’époque. Il est donc probable qu’il fût enterré dans une fosse commune dont on a perdu la trace aujourd’hui. Cette tombe reste l’objet de bien des attentions : c’est un lieu de sorcellerie et il n’est pas rare de trouver sur la pierre tombale des verres de rhum et des bougies de cire rouge.